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  Yvette Lundy témoigne.

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Cassandre 46



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MessageSujet: Yvette Lundy témoigne.   Mer 28 Mai 2014 - 13:10

https://youtu.be/9Q74SiO8lvI

Présentation de son ouvrage Le fil de l'araignée.

ici


Avec mon mari, nous sommes allés à la rencontre d'Yvette Lundy dans le cadre d'un salon du livre de la région. Les exposants ne vendaient pas beaucoup de livres. Tout le monde bavardait et se déplaçait dans les allées dans une atmosphère bon enfant. Je n'ai acheté qu'un seul livre et je l'ai dévoré le soir même. C'était Le fil de l'araignée.
Yvette Lundy a bien connu mes deux instituteurs.
L'un a été déporté et a dû attendre que la blessure se referme pour rejoindre l'association des déportés, attente qu'Yvette Lundy a dû elle-même surmonter. Mon second instituteur était le cousin de cette femme simple et extraordinaire à la fois. Comme il conservait les séquelles d'une tuberculose des os, il n'avait été ni mobilisé, ni envoyé au STO mais pour son premier poste on lui avait confié la responsabilité d'une classe unique de 54 élèves. L'un et l'autre sont décédés mais je pense souvent à eux et je rappelle leur ferveur et leur dévouement dès que l'occasion m'en est donnée.

Le fil de l'araignée désigne la force intérieure de l'être humain quand la beauté surgit au milieu de l'horreur. Une nuit, au cours d'un appel qui n'en finissait pas, alors qu'elle se sentait épuisée et désespérée dans le camp de déportation de Ravensbrück, Yvette Lundy a contemplé la beauté du ciel étoilé et elle a imaginé être une araignée qui remontait le long de son fil pour rejoindre la liberté. Telle une araignée elle a voulu remonter le fil de sa dignité et le message qu'elle délivre inlassablement dans les établissements scolaires est toujours le même : ne jamais se laisser subjuguer par les discours qui asservissent et réduisent l'être humain à néant.
Certes, Yvette Lundy a été aidée dans la mise en forme de son récit mais sa parole, sa façon de s'exprimer et ses convictions ne sont pas trahies. Son petit livre est stimulant.


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narduccio



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Mer 28 Mai 2014 - 15:00

Je peux poster cette vidéo sur un forum spécialisé sur la SGM. C'est un forum de bonne moralité, pas un des forum qui pense que les meilleurs soldats furent les allemands suite à la lecture de mauvais romans de jeunesse qui présentent tout cela d'une manière héroïque...
Et j'y suis modérateur. L'embrassement du monde

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Cassandre 46



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Mer 28 Mai 2014 - 15:03

Merci narduccio. J'irai y faire un tour.
Ce matin le ciel était gris mais comme le dit Yvette Lundy, voici le rayon de soleil et nous allons cueillir les cerises burlat.
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narduccio



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Mer 28 Mai 2014 - 15:10

"Réfléchissez! Les gens qui ne réfléchissent pas sont de futurs esclaves!" Je me demande si je vais pas changer de devise. Une sacrée bonne femme. Je lui tire mon chapeau.

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Cassandre 46



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Mer 28 Mai 2014 - 21:45

Il existe également un reportage de FR3 de dailymotion présentant Yvette Lundy mais je ne parviens pas à transmettre le lien. J'ai réussi à le revoir en allant sur Google et en cliquant sur le site : Yvette Lundy, un livre pour se souvenir video dailymotion.



En ce qui concerne les témoignages et les fictions autour de la seconde guerre mondiale il existe un numéro spécial de la revue L'Ecole des lettres II du 15 juillet 1991 intitulé : Autour de la seconde guerre mondiale. Résistance, témoignages,fictions. 225 pages. Ce numéro analyse différents ouvrage, évoque les périodiques littéraires, certains journaux, les grandes phases de la guerre et propose une bibliographie sommaire. Cette référence peut éventuellement intéresser l'autre forum de narduccio.

En ce qui me concerne, j'aime relire Le silence de la mer de Vercors, un court récit admirablement écrit où l'on assiste à la prise de conscience douloureuse d'un compositeur allemand, admirateur de la littérature française et découvrant le véritable visage du nazisme.
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Cassandre 46



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Jeu 29 Mai 2014 - 10:08

Il me revient en mémoire deux romans de l'écrivain allemand Erich Maria Remarque dont mon père me parlait car il avait lu Quatre de l'infanterie, A l'ouest rien de nouveau et Après,romans consacré à la guerre 14-18.
L'année de mes 16 ans, comme j'avais été traumatisée par le documentaire Nuit et brouillard au télé-club du village - en 1962 tout le monde n'avait pas la télévision- j'ai éprouvé le besoin d'en savoir davantage sur les camps de déportation et j'ai découvert deux romans d'Erich Maria Remarque consacrés à la seconde guerre mondiale : L'étincelle de vie consacré à la vie dans un camp et L'île d'espérance mettant en scène la rencontre de deux jeunes gens qui vont avoir un enfant. La jeune femme reçoit les cendres de son père, lequel si mes souvenirs sont bons a été arrêté et son mari sera tué par des prisonniers qu'il libère et qui n'ont rien compris. Il existe une adaptation cinématographique de L'île d'espérance avec la courte apparition E.M. Remarque en personne sous le titre : Le temps d'aimer et le temps de mourir. J'ai donc fait découvrir ces deux romans à mon père qui admirait Victor Hugo, Erckmann et Chatrian et E.M. remarque.


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Cassandre 46



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Jeu 29 Mai 2014 - 10:34

Autre possibilité pour avoir accès à la vidéo de Dailymotion : aller sur le site de  FR3 Champagne Rrdenne.fr et taper Yvette Lundy dans le cadre de recherche et 7 réponses s'afficheront. Parmi celles-ci on retrouve la présentation du livre et la douloureuse allusion du viol collectif. Yvette Lundy reste silencieuse puis confie que l'écriture si pénible ait-elle été, l'a apaisée et dans ce mot, il y a la racine paix à laquelle elle invite.
Ce que que j'apprécie dans ce livre, c'est l'honnêteté intellectuelle consistant à indiquer sur la première de couverture le nom de la collaboratrice : Laurence Boisson-Barbarot.


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narduccio



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Jeu 29 Mai 2014 - 16:10

Il existe 3 types de "camps de déportation" et beaucoup de monde confond les uns avec les autres.

Il y a d'abord les camps de transit. Ce sont souvent aussi des camps de redressement où certaines personnes vont passer quelques jours, semaines, mois avant d'être renvoyées chez eux. Le message était clair pour ces personnes : "tenez-vous tranquilles, autrement la prochaine fois nous serons moins bienveillants". Sachant que ladite bienveillante n’interdisait pas parfois les passages à tabac quotidiens .... Drancy, Schirmeck, sont des camps de transit.

Il y a ensuite les camps de concentration. Là, les gens sont tenus de travailler, ils y purgent une longue peine parfois pour une durée indéterminée. certains ont été condamnés, d'autres ne le sont pas et ne le seront jamais et ils sont internés simplement parce qu'ils appartiennent à certaines catégories.

Dans la plupart des camps de concentration, il n'y a pas de tri.

Il y a les camps de la mort. Sauf les membres des commandos spéciaux qui font tout le sale boulot, la plupart des gens sont tués dès leur arrivée. Parfois, ils doivent patienter quelques heures, le temps que leur tour arrive... Pas de tri non plus. Tous les camps de la mort, sauf 1 appartiennent à l'Aktion Rheinhart.

Il y a un camp qui a eu 2 modes de fonctionnement : Auschwitz. Ce fut un camp de concentration auquel on a adjoint un camp de la mort. Là, il y a un tri préalable pour sélectionner les gens qui vont devoir travailler. Les autres vont directement à la chambre à gaz. Sauf cas particuliers. S'il n'y avait pas besoin de travailleurs, les gens partaient directement dans la chambre à gaz. Pour ce que j'en sais, les 2/3 juifs furent exterminés dans les 3 "petits" camps de l'Aktion Reinhart.

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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Lun 2 Juin 2014 - 9:07

Pour ce qui est de la seconde guerre mondiale, il y a 2 livres fameux et pour cause:
au nom de tous les miens et si c'est un homme
Outre les camps il y avait aussi le travail obligatoire, comme mon grand-père qui est allé travailler dans un ferme en Allemange. Il a été traité comme un escave jusqu'à ce qu'il sauve la vie d'un jeune homne allemand en sautant dans la riviere glacée en hiver. Il a quand même continué à travailler, mais dans de meilleures conditions.
N'empêche qu'avant de mourir, il délirait et voyait avec effroi les allemands revenir nous envahir.
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Cassandre 46



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Lun 2 Juin 2014 - 11:05

Venant de prendre connaissance du dernier numéro de la revue de l'AMOPA ( revue de l'association des membres de l'ordre des palmes académiques) je découvre à la page 58 le témoignage de Paul Morin J'ai eu vingt ans à Dachau, ouvrage publié sous l'égide de l'AMOPA et la section départementale de la Légion d'honneur de l'Ain en partenariat avec l'ONACVG ( Office national des anciens combattants et victimes de guerre.) Elève de l'Ecole normale d'instituteurs de l'Ain, Paul Morin s'oppose à la décision du gouvernement de Vichy de fermer ces écoles et et entre dans la Résistance. Il sera dénoncé. Sa connaissance de l'allemand lui permet de travailler aux usines BMW ce qui lui permet de survivre.
Je n'ai pas lu l'ouvrage. Je ne fais que répéter quelques indications indiquées dans la revue. L'instituteur avec lequel j'ai travaillé du CP au CM1 a été arrêté lui aussi alors qu'il était à l’École normale d'instituteurs de la Marne.
On peut rappeler qu'Yvette Lundy était elle aussi institutrice. Ce n'est pas surprenant.
Ce métier consiste à stimuler la curiosité, l'observation attentive qui permet de déceler les apparences trompeuses  dans diverses disciplines, et en conséquence à se défier des a priori, des dogmes, et des idées reçues qui dispensent de l'effort d'exprimer sa propre pensée et son esprit critique quand la maîtrise de la langue a été elle-même acquise par  un patient apprentissage. Oui, il convient de faire l'effort de réfléchir pour construire sainement sa vie et être bien dans sa tête même si la réussite matérielle n'a rien de spectaculaire. Malheureusement force est de constater que cet effort est souvent méprisé.

Pour avoir enseigné les lettres une douzaine d'années en lycée, j'ai découvert que ma mission s'attachant dans un premier temps à analyser la pensée de Rabelais, Montaigne, Voltaire, Zola, ou Vercors pour ne citer qu'eux, puis dans un second temps à inviter à construire un propos personnel clair et cohérent qui tienne la route, j'ai découvert que cette mission à laquelle je consacrais ma ferveur et mon énergie, était méprisée par certains collègues. Un jour que l'explication d'un texte de Voltaire avait capté l'attention de mes élèves - car il y a des jours avec et des jours sans l'un d'eux me déclara : " le temps a passé vite aujourd'hui. " Flattée du compliment j'en demandai les raisons et j'appris alors que le collègue enseignant la discipline de l'électrotechnique au coefficient quatre fois plus important que celui de la mienne leur avait déclaré en les lâchant l'heure précédente : " Et maintenant, allez perdre votre temps en français !" Je n'ai pas oublié le douloureux pincement qui ne fit que confirmer mes soupçons. Heureusement , la remarque spontanée d'un élève était venue à point nommé pour que l'espoir reprenne le dessus.
J'ai eu une pensée pour le collègue enseignant l'histoire dans cette classe, discipline dont le coefficient invitait à s'en désintéresser totalement.
Quelques années plus tard, la retraite me donnant l'occasion de dépouiller les délibérations du conseil municipal de mon village natal, je découvris que les élus, peu après la fin de la seconde guerre mondiale avaient pris la décision d'acheter deux livres pour la bibliothèque communale dont l'instituteur était responsable : Retour d'Auschwitz, souvenir du déporté 174949 de Guy Cohen et Les Huns d'Oradour.


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Steph



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Lun 2 Juin 2014 - 14:13

Tiens c'est marrant ce que tu dis car il se fait justement (par hasard?) que mon grand-père était lui aussi instituteur!
Je pense qu'en plus de ce que tu dis (enseigner l'ouverture d'esprit etc....) les instituteurs d'antan avaient une véritable charge morale. Aujourd'hui être instituteur est presque dégradant (ils ne foutent rien, ils sont toujours en congé) et leur influence se limite à leurs classes mais à l'époque les instituteurs avaient une bonne réputation et servaient souvent de modèle à toute la population (essentiellement rurale). Et dans une France occupée, un modèle se doit de combattre d'ennemi.
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ji_louis

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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Lun 2 Juin 2014 - 14:49

Citation :
Au royaume des aveugles, un borgne est roi!
Les instituteurs d'antan étaient des érudits au milieu d'ouvriers et de paysans pour qui passer le certificat d'étude était déjà un accomplissement. Désormais, ils sont noyés dans la masse des diplômés d'études supérieures, et leurs avantages catégoriels les handicapent quand on fait une comparaison morale entre eux et d'autres profession de niveau d'études égal ou supérieur. Ceci additionné à l'industrialisation de l'enseignement (regroupement des élèves en écoles de grande taille pour gagner budgétairement en effet de taille, exode rural et disparition des petites écoles dans les villages, partage du savoir par internet et cours par correspondance, etc), les instituteurs ne sont plus vus que comme les agents d'un service comme un autre, concurrencés, remplaçables pour d'autres profs ou d'autres services.

De même, le médecin de famille est rarement vu comme un notable de nos jours.
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Cassandre 46



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Lun 2 Juin 2014 - 16:05

Oui, les instituteurs avaient une véritable charge morale et nous avions des cours de législation et de morale professionnelle au cours de notre année de formation. Ces cours nous imposaient la connaissance des différentes lois organisant l'instruction publique au fil de l'histoire, sujet qui m'a toujours passionnée, mais nous imposaient également des directives étouffantes concernant notre vie privée en particulier pour les institutrices. Un manuel, datant de l'entre-deux guerres, nous donnait des conseils dans le choix d'un mari et nous orientait vers le jeune adjoint à lorgnon du village voisin... Nous le lisions à voix haute entre nous aux récréations ou en étude pour passer un bon moment.

En ce qui me concerne cette formation remonte à 66/67. Dans les trois mois suivant notre première nomination, soit le dernier trimestre de l'année civile, nous étions inspecté(e)s pour les épreuves pratiques du CAP puis titularisé(e)s sur le poste au 1ier janvier de l'année suivante.
Le logement de fonction , s'il était spacieux et correct ce qui n'était pas toujours le cas, constituait un avantage pratique appréciable mais la vie privée en souffrait. Si l'un de mes frères me rendait visite après la classe tout le pays le  savait le soir même. L'une de mes camarades de promotion restée célibataire attendait un enfant. Le père, instituteur lui aussi, n'avait pas souhaité l'épouser. L'inspecteur décida de la muter en ville pour que cela se remarque moins et que l'honorabilité de la profession n'en soit pas affectée. Cette solution constituait un réel progrès  car je connais un instituteur qui approche aujourd'hui les 80 ans et la femme, future institutrice et enceinte l'année de la formation professionnelle, avait failli être mise à la porte et radiée de l'institution pour faute morale grave. Il fallut l'intervention de plusieurs professeurs et du syndicat pour qu'aucune sanction ne soit prononcée.

Ces réserves mises à part, il n'est pas dans mes habitudes de cracher dans la soupe surtout si cette soupe a bon goût. La scolarité était entièrement gratuite et ma famille aux revenus très modestes était soulagée d'un grand poids. Nous étions presque toutes dans ce cas. La nourriture et le confort de l'internat étaient irréprochables. En compensation nous devions entretenir les locaux tous les matins sous forme d'une charge de 20 minutes, juste avant le chant matinal de 5 à 10 mn devant la directrice, et avant les cours débutant à 8 h.  Le soir, en étude avant et après le repas nous disposions de 3 heures pour faire nos devoirs, apprendre nos leçons ou lire. Nous avions  également la possibilités d'assister à des conférences sur divers sujets, d'assister aux séances du ciné-club, de participer à la chorale mixte où nous chantions en diverses langues et parfois avec solistes et orchestre, ou encore d'adhérer à une association sportive. Ma passion pour le chant choral que je pratique toujours date de cette époque. C'est une ouverture extraordinaire aux différentes cultures du monde.
 Cette période de mon adolescence puis de ma jeunesse a laissé une empreinte profonde qui m'a été très utile pour m'organiser avec rigueur quand j'ai décidé de reprendre des études correspondant davantage à mon tempérament sans pour autant renoncer à la nécessité d'avoir les yeux ouverts sur d'autres domaines.

Veuillez m'excuser si j'ai l'air de raconter ma vie qui est également celle des filles de ma génération qui aimaient l'étude et voulaient construire leur vie sans coûter cher aux parents.


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Steph



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Lun 2 Juin 2014 - 17:37

ji-louis, ton analyse est très juste.
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Cassandre 46



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Lun 2 Juin 2014 - 18:59

L'analyse de jean-Louis est juste et très claire.
Dès les années 60-65 les premiers du déclin du prestige de la profession étaient perceptible car les candidats aux Écoles normales d'instituteurs ne se bousculaient pas au portillon. Alors que pour les Écoles normales de filles 150 candidates environ selon les départements, se présentaient en juin pour entrer en classe de seconde et souvent après une troisième spéciale préparant au concours sélectif pour 50 places seulement, chez les garçons il fallait deux concours pour faire le plein : un en juin et un en septembre et il y avait encore la possibilité d'un concours après le bac pour entrer en année de formation. Je crois que cette possibilité existait également pour les filles ayant effectué des remplacements en qualité d'auxiliaires possédant le bac et souhaitant recevoir une formation mais je n'en suis pas certaine.
On a souvent affirmé que la baisse du prestige de la profession était due à la féminisation.
Or on observe que le nombre d'instituteurs demandant à exercer en maternelle progresse avec l'évolution des mentalités. Depuis quelques années un instituteur exerce dans la maternelle du village voisin. ( C'est une ancienne classe unique rouverte et aménagée en école maternelle depuis plus de 30 ans suite à un regroupement pédagogique sur 3 villages proches, regroupement dont l'initiative revient aux élus et aux parents des 3 villages et qui ont tenu bon face à une administration qui les faisaient languir. Mes enfants ont fréquenté cette école tenue à l'époque par une institutrice.)
Dans un premier temps, la population a d'abord été dubitative mais cet instituteur motivé a fait ses preuves et il est apprécié des enfants, des parents, des élus et de l'administration. Il s'agit d'une maternelle regroupant les enfants de 3 à 6 ans ce qui suppose une bonne organisation. Il y a encore des gens motivés malgré les changements évoqués par Jean-Louis.
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ji_louis

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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Mar 3 Juin 2014 - 11:38

Dans la description de ton époque que tu évoques, Cassandre, l'ouverture au monde se faisait par le regroupement d'une communauté autour d'un thème (la culture, le sport, la découverte, les loisirs) partagé, ce qui impliquait la convivialité (parfois forcée) et la proximité avec les autres, et l'apport d'un ou plusieurs (les érudits ou les chefs de groupe). C'était avant la généralisation de la télévision.

La télévision a apporté à chacun individuellement une ouverture au monde (les nouvelles, les documentaires, les matchs, les films, le théâtre, etc), ce qui a paradoxalement provoqué la distension (jusqu'à la rupture) des liens de proximité.

De nouveau, cela évolue avec internet puisque chacun peut choisir son degré d'ouverture au monde et les liens sociaux qu'il privilégie. La preuve en est que j'ai rencontré pas mal des participants de ce forum alors que rien de l'aurait permis sans internet. Les liens que j'y ai tissé ce sont distendus depuis que je suis marié, mais c'est une autre histoire.
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Cassandre 46



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Mar 3 Juin 2014 - 12:10

C'est exact. L’École normale où je suis resté interne de la seconde à la terminale possédait une télévision en noir et blanc bien sûr, et je me souviens l'avoir regardée deux fois. Un W.E. de 1964, alors que j'étais restée avec quelques autres à l'internat, nous avons  eu l'autorisation de regarder le concours Eurovision de la chanson et nous avons assisté à la victoire de Gigliola Cinquetti. J'avais également apprécié ce soir là Hugues Aufray avec sa chanson Dès que le printemps revient avec un superbe accompagnement de trompettes. La seconde fois, ce fut en terminale avec le professeur de philosophie qui avait souhaité que nous découvrions Claude Lévi Strauss.
Internet constitue une extraordinaire ouverture sur le monde à condition de savoir distinguer le bon grain de l'ivraie. J'ai pu me procurer des ouvrages difficiles à dénicher et indispensables à certaines de mes recherches par exemple, ou encore je cherche sur youtube et je compare différentes interprétations de telle œuvre que nous travaillons dans notre ensemble choral. Enfin, je fréquente quelques forums pour découvrir des témoignages intéressants sur divers sujets.
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lgda



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Mar 3 Juin 2014 - 23:39

ji_louis a écrit:
Les liens que j'y ai tissé ce sont distendus depuis que je suis marié, mais c'est une autre histoire.
Je sens une pointe de regret...
Me permets-tu de la partager ?

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ji_louis

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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Mer 4 Juin 2014 - 10:10

ji_louis a écrit:
Les liens que j'y ai tissé ce sont distendus depuis que je suis marié, mais c'est une autre histoire.
lgda a écrit:
Je sens une pointe de regret...
Me permets-tu de la partager ?
Oui et oui
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Cassandre 46



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Mer 4 Juin 2014 - 10:50

Que se passe-t-il ? Messages brouillés ?
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Steph



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Mer 4 Juin 2014 - 11:14

Non discrétion conjugale  Very Happy 
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Cassandre 46



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Mer 4 Juin 2014 - 12:42

En ce cas, ne soyons pas voyeurs...
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Steph



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Mer 4 Juin 2014 - 14:08

Cassandre avais-tu remarqué que l'on pouvait définir la taille d'un texte?
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Cassandre 46



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Mer 4 Juin 2014 - 14:34

euh non Embarassed Et puis d'abord avec l'ordinateur je me suis formée sur le tas en tâtonnant  comme disait Célestin Freinet ! Alors forcément j'ai encore à apprendre et comme on en apprend tous les jours... Bon, je vais me mettre à
l’exercice d'application.
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narduccio



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MessageSujet: Re: Yvette Lundy témoigne.   Mer 4 Juin 2014 - 16:16

Tu apprendra comment on peut dire publiquement des choses de manière pudique.

Si tu veux lire les messages échangés par LGDA et ji_louis, tu clique sur "Citer", et tu pourra savoir ce que l'un regrette.

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