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 Pierre Dac. Conférence.

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Cassandre 46



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MessageSujet: Pierre Dac. Conférence.   Mer 16 Oct 2013 - 11:10

Ce compte-rendu m'a posé moins de difficultés que le compte-rendu sur la lune.

.
Un châlonnais célèbre : Pierre Dac, par Monsieur René Doucet.




Il est précisé en préambule que l’ensemble de la vie du grand humoriste n’est pas nécessairement connu. Pierre Dac est un être complexe, resté modeste et qui a eu des moments sombres dans une existence assez tourmentée .Ce fut aussi un grand patriote et un grand résistant récompensé par plusieurs distinctions.

Enfance et scolarité.

André Isaac pour l’état-civil, est né à Châlons le 15 août 1893 au 70 de la rue de la Marne. Son père Salomon Isaac était boucher. Sa famille maternelle, la famille Kahn, était une famille juive qui avait choisi de quitter  l’Alsace après la défaite de 1870 pour s’installer au chef lieu de notre département. Ses parents auront deux  garçons : Marcel et André. André Isaac n’a pas vécu longtemps  dans cette ville  qu’il a quitté à l’âge de trois ans, mais il y est revenu régulièrement  pour rendre visite à ses grands- parents.  
Son père très patriote, élève ses fils dans le respect et l’attachement au pays. Le jeune André subit deux influences qui marqueront sa vie : celle de son grand- père qui nourrit une aversion profonde envers les Prussiens et celle de son père, qui avait un goût prononcé pour le comique et qu’il saura transmettre à son fils.
A l’école André est doué pour le  français, la musique et le violon en particulier. Un problème majeur est sa timidité maladive qui lui fait perdre ses moyens devant ses professeurs.
En 1906 il entre au lycée Colbert dont il sera mis à la porte en 1908 pour avoir accroché un hareng saur dans le dos de son professeur de maths. Il n’est pas non plus persuadé de ses dons de violoniste.

Une jeunesse marquée par la première guerre mondiale.

En août 1914 il est incorporé et fait preuve d’un grand enthousiasme patriotique et aussi d’une grande témérité au combat, ce qui peut paraître paradoxal en raison de sa timidité dans la vie de tous les jours. Devant ses camarades soldats il n’hésite pas à faire des pitreries afin de les distraire. Il sera sanctionné par sa hiérarchie pour insubordination car il parodie ses supérieurs. Il a l’occasion d’assister à un spectacle de chansonniers, élément qui sera probablement à l’origine de sa vocation.
En juin 1915 il est blessé au bras gauche par un éclat d’obus, ce qui marquera la fin de sa carrière de violoniste. Apprenant la mort de son frère Marcel, élément ô combien tragique, il demande  à repartir au combat. En 1916 il est à Douaumont et en 1917 à Ypres où il est à nouveau blessé par un éclat d’obus  à la cuisse et atteint de plusieurs brûlures au crâne  qui lui vaudront de rester en convalescence jusqu’à l’armistice.

 Le désarroi de l’après-guerre et les débuts difficiles.

Il sort très pessimiste de ce conflit et ne sait que faire de sa vie. Il va exercer une suite de petits métiers : représentant de commerce pour de nombreux produits, mais en raison de sa grande timidité il fait preuve d’une totale inefficacité, va d’échec en échec et doit abandonner cette brève carrière. Il entre alors dans la compagnie G7 comme chauffeur de taxis à Paris. Malheureusement il n’a aucun sens de l’orientation, oublie les noms de rues et percute un jour un réverbère place des  Invalides, ce qui terminera également  cette carrière éphémère. Il déclare aux religieuses transportées dans son véhicule : « Mes sœurs, les voies du seigneur sont impénétrables mais les nôtres s’arrêtent ici. »
Il n’a pas non plus beaucoup de chances dans sa relation avec les femmes .Il éprouve une grande passion pour plusieurs d’entre  elles, mais ne sait jamais comment déclarer sa flamme. Il fera même une tentative de suicide car un poème adressé à sa bien aimée n’aura pour effet que de la faire rire. Il rencontrera cependant une compagne compréhensive et connaîtra une vie de couple durable et heureuse. Vers 1920 il fréquente les cabarets de Montmartre. Il passe une ou deux auditions soldées toujours par un échec. Il passe un jour dans un cabaret de la Commune libre de Montmartre. Son spectacle consiste surtout à débiter d’étranges maximes comme
« Les meilleurs moments dans la vie à  deux, c’est quand on est seul »
Il invente pour ainsi dire un nouveau type d’humour, basé sur le calembour, l’absurde et le loufoque forme emphatique de « louf » signifiant » le fou » dans le louchébèm, argot, des bouchers.

En 1922, il obtient enfin un contrat dans le cabaret de « La vache enragée. » après avoir bredouillé au directeur des maximes tournant en dérision l’absurde  et les paradoxes insolites de la vie quotidienne par un travail sur les mots. Il se définit comme un chansonnier d’actualité, d’où son pseudonyme de Pierre DAC. Il passe de cabaret en cabaret, publie dans différentes revues, mais il reste malgré tout très solitaire.  Se démarquant des chansonniers de l’époque, il ne se contente pas de fournir au jour le jour un article satirique sur l’actualité. Au contraire, il travaille beaucoup, exploite les richesses et les subtilités de la langue, tout en gardant le recul qui lui est propre, ce qui lui inspire peut  être la maxime suivante :

« Celui qui part de zéro pour n’arriver à rien, n’a de merci à dire à personne »

Le succès des années Trente à la radio.

Il se refuse à toute confidence sur sa vie privée bien qu’il soit très sollicité par les journalistes. Il rédigera une notice biographique, naturellement humoristique, pleine d’humour absurde et de jeux de mots.
Au début des années trente  il va participer à la grande aventure de la radio  et sera à l’origine de la création de Radio Cité qui insufflera  un nouveau ton radiophonique. Il crée « l’Académie des travailleurs du Chapeau »  qui se transformera en «  Club des Loufoques. »
En 1937, avec Rauzéna, il anime l’émission « La Course au Trésor » qui consiste à trouver les objets les plus insolites possibles dans des conditions farfelues. En mai 1938 il lance le journal  « L’os à moelle » avec de nombreux collaborateurs, dont Robert Rocca et le dessinateur Jean Effel. Les rubriques sont celles d’un hebdomadaire normal mais le contenu est cocasse : reportage sur la foire à la patte- mouille, interview de l’eau d’une piscine et des petites annonces parodiant les offres d’emploi comme :
« Demande cheval sérieux, connaissant bien Paris, pour faire seul les livraisons »
Le grand succès de « L’os à moelle » fait naître un phénomène de mode : on porte alors un os en  bakélite  
à la boutonnière.

  Le combat d’un humoriste dans la tourmente de la seconde guerre.

En 1938 Pierre Dac est mobilisé durant quelques semaines .Il s’abstient de toute prise de position politique, mais elle transparaît si on sait lire ses textes entre les lignes ;
Il doit fuir Paris et se réfugie en Bourgogne avec  sa compagne. De là il se rend à Toulouse, y retrouve d’autres chansonniers et rejoint » Le théâtre des Deux Anes », situé en zone libre ; Il tente de rejoindre Londres en passant par l’Espagne, mais repéré par le régime franquiste, il est arrêté et emprisonné à Barcelone jusqu’en juillet 1942. Extradé en France il passe devant un tribunal qui ne le condamne qu’à un mois de prison et 1000 francs d’amende, ceci grâce à un magistrat très compréhensif, et non acquis aux thèses pétainistes. A Toulouse il vit dans la clandestinité, repart pour l’Espagne  avec un faux passeport au nom de Pierre Duval. A nouveau arrêté il est transféré au Portugal, gagne ensuite Alger d’où il s’embarque pour Londres.
Dès son arrivée il intervient sur  Radio Londres et y jouit d’un succès considérable, ce qui lui vaut les attaques acerbes de Radio Paris, l’accusant d’être un apatride. Une polémique naît sur les ondes de Radio Londres avec Philippe Henriot, né à Reims et figure emblématique de la collaboration. Pierre Dac répond par une lettre brève et cinglante où il exprime le dévouement de sa famille et le sacrifice de son frère à la France .Philippe Henriot sera exécuté par des résistants peu après.
Sa femme, restée à Paris est arrêtée.
Il continue son action sur Radio Londres jusqu’à la libération et rencontre le général De Gaulle qui lui exprime sa gratitude. Son humour a permis aux auditeurs de garder le moral. Il devient sous lieutenant

L’après-guerre et la rencontre de Francis Blanche.

Nommé correspondant de guerre, il réalise ensuite dans l’Allemagne libérée des interviews d’anciens collaborateurs du régime nazi .Il relance un journal  « L’os libre » mais qui ne connaîtra pas le succès de son prédécesseur «  L’os à moelle ». Un peu oublié il a tendance à se renfermer sur lui-même .Il regrette les excès de l’épuration, critique  les résistants de la dernière heure. A partir de fin 1947 il fonde une nouvelle revue intitulée « Le droit d’en rire ». C’est en 1949 qu’il rencontre Francis Blanche et crée avec lui « Le parti d’en rire », l’émission « Furax » et le feuilleton «  Malheur aux barbus ». L’émission « Furax », devenue « Signé Furax » sera reprise sur Europe 1.Il retrouve alors la célébrité  dès les années 50, mais malgré ce succès il sombre dans la dépression et fera plusieurs tentatives de suicide. Il reprend des activités en 1961et surmonte la maladie.. Il rencontre l’équipe des «Branquignoles » crée le MOU, Mouvement Ondulatoire  Unifié, avec Jean Yanne et Goscinny et renoue avec le succès. Le MOU soutient sa candidature à la présidentielle de 1965 mais, à la demande de l’Elysée, il retire sa candidature. Très affecté par la mort de Francis Blanche en 1974, il meurt l’année suivante, le 9 février 1975 d’un cancer du poumon  à l’âge de 82 ans.
Son neveu dira : « Il est mort d’un manque de savoir-vivre »

La presse ne manquera pas de lui rendre hommage. Plusieurs biographies et études lui sont consacrées en particulier celle de Jacques Pessis :
« Pierre Dac, mon maître 63. » chez François Bourin en 1992 et réédité en 2005 aux éditions du Cherche midi.  
Châlons en Champagne, sa ville natale, ne l’a pas oublié. Un centre culturel porte son nom.


Dernière édition par Cassandre 46 le Mer 16 Oct 2013 - 18:29, édité 1 fois
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narduccio



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MessageSujet: Re: Pierre Dac. Conférence.   Mer 16 Oct 2013 - 18:19

Cassandre 46 a écrit:
Dès son arrivée il intervient sur  Radio Londres et y jouit d’un succès considérable, ce qui lui vaut les attaques acerbes de Radio Paris, l’accusant d’être un apatride. Une polémique naît sur les ondes de Radio Londres avec Philippe Henriot, né à Reims et figure emblématique de la collaboration. Pierre Dac répond par une lettre brève et cinglante où il exprime le dévouement de sa famille et le sacrifice de son frère à la France .Philippe Henriot sera exécuté par des résistants peu après.
Voici la réponse de Pierre Dac à Philippe Henriot : "Bagatelle pour un tombeau"
Pierre Dac a écrit:
BAGATELLE SUR UN TOMBEAU

"M. Henriot s'obstine; M. Henriot est buté. M. Henriot ne veut pas parler des Allemands. Je l'en ai pourtant prié de toutes les façons : par la chanson, par le texte, rien à faire. Je ne me suis attiré qu'une réponse pas du tout aimable - ce qui est bien étonnant - et qui, par surcroît, ne satisfait en rien notre curiosité. Pas question des Allemands.
C'est entendu, monsieur Henriot, en vertu de votre théorie raciale et national-socialiste, je ne suis pas français. A défaut de croix gammée et de francisque, j'ai corrompu l'esprit de la France avec L'Os à moelle. Je me suis, par la suite, vendu aux Anglais, aux Américains et aux Soviets. Et pendant que j'y étais, et par-dessus le marché, je me suis également vendu aux Chinois. C'est absolument d'accord. Il n'empêche que tout ça ne résout pas la question: la question des Allemands. Nous savons que vous êtes surchargé de travail et que vous ne pouvez pas vous occuper de tout. Mais, tout de même, je suis persuadé que les Français seraient intéressés au plus haut point, si, à vos moments perdus, vous preniez la peine de traiter les problèmes suivants dont nous vous donnons la nomenclature, histoire de faciliter votre tâche et de vous rafraîchir la mémoire :

Le problème de la déportation;
Le problème des prisonniers;
Le traitement des prisonniers et des déportés;
Le statut actuel de l'Alsace-Lorraine et l'incorporation des Alsaciens-Lorrains dans l'armée allemande;
Les réquisitions allemandes et la participation des autorités d'occupation dans l'organisation du marché noir;
Le fonctionnement de la Gestapo en territoire français et en particulier les méthodes d'interrogatoire
Les déclarations du Führer dans Mein Kampf concernant l'anéantissement de la France.

Peut-être me répondrez-vous, monsieur Henriot, que je m'occupe de ce qui ne me regarde pas, et ce disant vous serez logique avec vous-même, puisque dans le laïus que vous m'avez consacré, vous vous écriez notamment : "Mais où nous atteignons les cimes du comique, c'est quand notre Dac prend la défense de la France! La France, qu'est-ce que cela peut bien signifier pour lui ?"
Eh bien ! Monsieur Henriot, sans vouloir engager de vaine polémique, je vais vous le dire ce que cela signifie, pour moi, la France.

Laissez-moi vous rappeler, en passant, que mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents et d'autres avant eux sont originaires du pays d'Alsace, dont vous avez peut-être, par hasard, entendu parler ; et en particulier de la charmante petite ville de NIEDERBRONN, près de Saverne, dans le Bas-Rhin. C'est un beau pays, l'Alsace, monsieur Henriot, où depuis toujours on sait ce que cela signifie, la France, et aussi ce que cela signifie, l'Allemagne. Des campagnes napoléoniennes en passant par celles de Crimée, d'Algérie, de 1870-1871, de 14-18 jusqu'à ce jour, on a dans ma famille, monsieur Henriot, lourdement payé l'impôt de la souffrance, des larmes et du sang.

Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France. Alors, vous, pourquoi ne pas nous dire ce que cela signifie, pour vous, l'Allemagne ?

Un dernier détail: puisque vous avez si complaisamment cité les prénoms de mon père et de ma mère, laissez-moi vous signaler que vous en avez oublié un celui de mon frère. Je vais vous dire où vous pourrez le trouver ; si, d'aventure, vos pas vous conduisent du côté du cimetière Montparnasse, entrez par la porte de la rue Froidevaux ; tournez à gauche dans l'allée et, à la 6e rangée, arrêtez-vous devant la 8e ou la 10e tombe. C'est là que reposent les restes de ce qui fut un beau, brave et joyeux garçon, fauché par les obus allemands, le 8 octobre 1915, aux attaques de Champagne. C'était mon frère. Sur la simple pierre, sous ses nom, prénoms et le numéro de son régiment, on lit cette simple inscription: "Mort pour la France, à l'âge de 28 ans". Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France.
Sur votre tombe, si toutefois vous en avez une, il y aura aussi une inscription: elle sera ainsi libellée :
PHILIPPE HENRIOT
Mort pour Hitler,
Fusillé par les Français...

Bonne nuit, monsieur Henriot. Et dormez bien.
http://judaisme.sdv.fr/perso/dac/henriot.htm

Une vidéo où il lit ce texte des années plus tard :



Je trouve cette réponse très digne quand on écoute la virulence de l'attaque qu'il avait subie : http://www.ina.fr/audio/P12213033/philippe-henriot-contre-pierre-dac-audio.html

_________________
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Cassandre 46



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MessageSujet: Re: Pierre Dac. Conférence.   Mer 16 Oct 2013 - 18:27

Merci de tout coeur Narduccio pour ce texte que le conférencier nous avait lu presque intégralement. Je ne l'avais pas mis dans le compte-rendu car le nombre de pages du bulletin de notre association est limité.
Je viens de complèter la dernière ligne de mon précédent envoi.
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Steph



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MessageSujet: Re: Pierre Dac. Conférence.   Mer 16 Oct 2013 - 20:09

Les comiques ont souvent un sens très aigu de la réalité et de la critique et Pierre Dac était un maitre.
C'est incisif et ca fait mal, juste où il met le doigt.
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Anthracite

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MessageSujet: Re: Pierre Dac. Conférence.   Dim 20 Oct 2013 - 15:47

C'est comme les caricaturistes, les traits sont là, faut juste les exagérer un peu.
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MessageSujet: Re: Pierre Dac. Conférence.   

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